Auparavant, il fallait les gagner, ces montagnes lointaines. Manosque - Le Rouge Gazon, cela représente environ 620 Km. Man, Le Philo et Dame Jo s'apprêtèrent donc, le Jeudi 8 Mai dernier, à caracoler de montagne en montagne, pour s'en aller voir les Ballons.

    Alpes Jura, avant les Vosges. Si comme moi tu ne connais pas le Jura, " cours-y vite ! cours-y vite ! " Tu y verras de vastes prairies pour lors couvertes de pissenlits ensoleillés, piquetées çà et là de vaches laitières aux belles mamelles, de juments rousses avec leurs poulains; et puis des ruisseaux, des forêts, des villages aux clochers en bulbe, couverts de tuiles vernies et colorées. Comme nous tu passeras peut-être par Mouthe, le village le plus froid de France au coeur de l'hiver, tu comprendras, en suivant du regard les ondulations du terrain, pourquoi on a là le paradis des skieurs de fond. Les industries sortent de l'ordinaire : tu croises, à Morez, l'Ecole Nationale de Lunetterie - Ailleurs, un joli bâtiment exposant les productions d'une fonderie de cloches.
A Morteau ...( arrête ton char ! Je te vois venir ! ) au-dessus d'une très belle pendule géante, chef-d'oeuvre d'horlogers jurassiens, tu peux lire ( le SDS a tout son temps en ville ) une citation de Voltaire :

" La nature est une horloge. A cette horloge, il faut un horloger. "


    Quant aux saucisses ( Morteau, Montbéliard, même combat ), il faudra repasser. Je les vois mal pendues en chapelet derrière la Pan !

    Pour ceux qui, comme Le Philo et moi, ne sont jamais allés au Rouge Gazon ( tu vas rigoler : j'ai longtemps cru que c'était un circuit ! ) l'arrivée à 1070 m d'altitude est surprenante : tu n'iras pas plus loin sauf si tu randonnes à pied; la route s'arrête. Les sentiers commencent.
Comme toujours, l'accueil est chaleureux : bises, poignées de main, accolades. C'est chouette de retrouver les déjà copains mais aussi de connaître de nouveaux visages. Tom hurle : " PACÔÔÔ ! " et l'intéressé, que Dame Jo, à la NC01, croyait être TOM ( et vice-versa) surgit aussitôt, un sourire géant sur les lèvres.

    Nom de nom ! Notre " Bête des Vosges " ( à laquelle sera remis le lendemain un poster d'honneur ) vue récemment lors de la Pyrolade, s'est laissé pousser les cheveux et la barbe. En revanche Ghislain a presque la boule à zéro. Voilà Viviane et Elodie très entourées. est là, que nous n'avions pas revu , Le Philo et moi, depuis la NC2K ! Comme toujours, les agapes s'annoncent réjouissantes pour les papilles gustatives : il faut dire que dans une région produisant le Munster, d'excellentes charcuteries fumées ( j'en connais, du sexe féminin, qui viennent ici faire leur cure annuelle. Bravo ! Méfions-nous de ceux et plus encore de celles qui n'aiment pas manger. ), où l'on cueille force " brimbelles " ( les myrtilles ) pour en faire de splendides confitures, tartes etc ..., le contraire serait étonnant.
J'ai beaucoup admiré le soin apporté par toute l'équipe hôtelière au service : compétence, rapidité, discrétion, et à l'accueil, que de gentillesse ! Jean ( Béconneur ou Pépé, au choix ) et moi avons apprécié, en connaisseurs, les tables dressées avec soin, les serviettes de beau tissu rouge et - comble du luxe - les assiettes chaudes, brûlantes, apportées à chacun ... Chapeau !

    Au soir de notre arrivée, nous étions 56 ou 57. Manu, en parfaite hôtesse, nous a gentiment présentés, selon nos régions, les zunzozhôt, nos " talents" cachés ou bien connus : c'est ainsi que Big Philou, auquel il fut demandé s'il changerait de moto en Septembre 03, claironna un " Je vous pourrirai tous ! " une invite aux arsouilles pour les jours suivants. ( Il fut entendu, comme tu peux t'en douter ) Pour ce qui est de s'entendre, au sens propre du terme, c'est fort difficile tant le niveau sonore est élevé. Pardon, Astérix, Sylvie : j'aurais tant aimé ...

    Ne me demande rien à propos du nid aux bizarres, ici la salle de jeux du Rouge Gazon : tu sais bien que je n'y mets jamais les pieds ... allant tôt retrouver ...les bras de Morphée si je veux être d'attaque pour le grand viron du lendemain.
Nous y voilà; Manu mène la danse des machines pour le groupe des touristes. Les lièvres sont partis devant. En avant pour la Route des Crêtes. Ballon d'Alsace, Grand Ballon, Le Markstein, le col de la Schlucht, où nous nous arrêtons pour une pause-déjeuner pendant laquelle Tricé se gausse des chaussures blanches et noires de " Maq " Tintin, lequel demande au moqueur s'il a bien emporté son sonotone.
Allons ! Roulons ! Virage sur virage, voire épingle sur épingle : qui dira que c'est de la route pour lopettes ? Et toujours du vert, du vert, acide, profond, velouté, bruni; des fleurs partout sur les talus : coussins bleus de myosotis, taches de compagnon rouges bien pourpre, soucis d'eau, jaune-orangé là où l'eau suinte. C'est vraiment fou, le printemps; ça enivre. On jubile.

    Munster et ses cigognes. Turckeim laissé de côté, nous montons les 3 Epis pour redescendre sur Orbey. Nous ne pourrons voir ce Vendredi 9 Mai tous les lacs vosgiens mais le Lac Blanc nous attend. Un gros nuage aussi, ( il a fait beau jusque-là ) qui finit par laisser crever son chagrin. Pas sur nos pommes, bien abrités que nous sommes lors d'un arrêt. Le soleil, au loin, éclaire toujours la plaine d'Alsace. On devine même dans la brume, la Forêt Noire, sur l'autre rive du Rhin. Onzerod, en attendant que le grain cesse, médite en sirotant son chocolat chaud, sous un parasol vert devenu parapluie.
Nous avons fait le plein d'air et de verdure. J'ai remarqué, entre les cols du Bonhomme et de la Schlucht, des petits panneaux indiquant " Gazon Jean ", " Gazon Martin " et en ai déduit que " Gazon" signifiait " prairie ". Tricé nous apprendra bientôt que l'adjectif "rouge" accolé à des noms de lieux, dans les Vosges, fait référence à de sanglants combats, lors des guerres napoléoniennes ... L'herbe rouge ... Splendeur et tragédie se mêlent ici. Nous avons senti la bonne odeur du bois, vu énormément de scieries. Mais il est tombé tant de bombes sur cette région frontalière que les scieurs, avant de débiter les troncs d'arbres, les passent au détecteur à métaux, afin d'éviter des éclats d'acier fichés dans le bois.

    Où irons-nous demain ?

    Le Philo ne connaissant pas du tout l'Alsace, je suggère un circuit des villages du Haut Rhin. Fast Philou ( que nous sommes tous très heureux de revoir sur une moto ) me dit que Riquewihr et Ribeauvillé ne sont pas si loin du Rouge Gazon. Adjugé !
Cette fois, Patix et Béa, qui ont vécu en Alsace pendant cinq ans, guident une petite troupe " à géométrie variable " : on se retrouve facilement sur ces routes. De 8, nous passerons parfois à 15. ( Au fait, à propos de retrouvailles, il en fut de surprenantes. En effet, notre route ne croisa-t-elle pas, à deux reprises pour les copains, à trois pour Le Philo et moi, celle de ... Pôpa, se baladant en solitaire dans le secteur. Le plus étonnant fut de le découvrir, arrêté dans un virage, l'appareil photo à la main, comme s'il nous attendait. Salut, l'Pôpa ! )

    C'est agréable de se balader, sur la route des vins, de village en village; on ne sait plus où regarder tant les enseignes se succèdent à toute vitesse. Je ne voudrais pas me trouver en devoir de choisir ! Nous arrivons à Eguisheim à un moment idéal pour la visite de ce charmant village : en effet, vers 12h45, les habitants déjeunent, les touristes aussi. Les ruelles pavées nous voient admirer les maisons à colombages, aux murs crépis en jaune, beige, roux, mais parfois aussi en vert Véronèse ou en violet. Rheû ! Des fleurs et des arbustes, devant les demeures aux porches où est gravée la date de construction, en caractères serpentins. Elles sont très anciennes, ces maisons : 1578, 1592 etc ...
Sur une placette trône une sculpture naïve du Lièvre de Pâques, qui apporte les oeufs en chocolat aux enfants d'Alsace. Des couronnes d'oeufs décorés ornent encore certaines portes. Mine de rien, nous nous trouvons dans la ville où naquit un pape : Léon IX. C'est certainement lui dont la statue surmonte la vaste et belle fontaine du village.

    Nous aurions bien musé là plus longuement mais, à Colmar, notre groupe de 15 effraierait moins les restaurateurs. Cette ville importante mérite beaucoup mieux qu'un passage éclair, aussi ne t'en dirai-je rien, aujourd'hui - qu'une anecdote : en pleine ville, nous nous extasiâmes à la vue d'un beau canard brun, se dandinant en traversant la rue. Comme n'importe quel pékin. Le canard de Colmar, qui s'ennuyait peut-être dans son bassin au jet d'eau jaseur ... s'en allait faire du lèche-vitrine.

    Aux deux "Ri" ! Riquewihr, d'abord - Ribeauvillé, ensuite. Si tu veux visiter le premier à peu près tranquille, vas-y un matin, en pleine semaine. Un Samedi, après-midi de Mai, à plus forte raison quand une concentration de Porsches, réalisée pour aider Enfance et Partage, se tient au village, tu ne joueras pas franchement les promeneurs solitaires !
Qu'importe ! C'est beau ! Oublie les marchands du temple ( Dire qu'ils te vendent des bretzels qui n'ont rien du vrai bretzel de mon enfance. J'en ai rapporté un, tout de même, à Géné, au moins pour lui montrer la forme et la taille. ) C'est surtout en l'air qu'il te faut regarder. Balcons de bois sculpté, oriels ( balcons vitrés dépassant, en façade ) , piliers corniers représentant les artisans, vieux outils de vignerons décorant les murs, enseignes ouvragées, pignons découpés ...
Te voilà loin, dans le vieux vieux temps des contes alsaciens d'Erckman-Chatrian ...
Trop de commerces, mais il y a tout de même une boutique où j'aurais aimé entrer : " Féerie de Noël ", qui propose tous ces sujets, ces boules fragiles, ces étoiles , ces guirlandes scintillantes du Tannenbaum de l'Est ... ( A Salzbourg, en Autriche, une boutique semblable exposait des boules bulles irisées, véritable miracle de finesse que le regard briserait presque ... ) Un conseil, promène-toi dans les ruelles moins fréquentées : tu y trouveras des jardins cachés, des maisons-trésors.
Ribeauvillé, plus étendu que Riquewihr, plus aéré, veillé par ses trois châteaux de grès rose parait plus calme.

    Enchantés de notre vadrouille alsacienne, nous regagnâmes, le Rouge Gazon, où nous attendait ... une choucroute bien garnie suivie d'un dessert inattendu ... un immense gâteau d'anniversaire ( anticipé ) à étincelles, pour fêter les X ans de Fast et Duvalben : Manu avait vraiment pensé à tout ! Mon petit doigt m'a dit qu'il y avait eu moins de monde dans la salle aux bizarres, la veille au soir, le grand Serge ayant eu plus d'un spectateur fasciné par sa façon de préparer ses instruments, avant "d'opérer" la machine d'Eclisse.

    Nous trouvâmes le moyen de bien rigoler, avant notre départ, le Dimanche matin, en entendant Corto demander à Tricé en s'égosillant : " T'as pas vu Pépé ? " au beau milieu de la salle de l'hôtel.

    Note l'Ami(e), sur tes carnets que les routes de Haute-Saône et du Doubs sont superbes, très roulantes. Nous avons ri, Man et moi, à la vue d'un Romain sur la route : un village du Doubs.
Le Philo et moi ne louvoyâmes pas en dehors du louvoiement naturel des routes empruntées ( Tricé ainsi que tous les commandants de Paquebots comprendront l'allusion ... ) et retrouvâmes pénardement nos pénates sudistes.

    Depuis Lundi, je me suis replongée dans les cartes, guides des Vosges et de l'Alsace, contes alsaciens ... et certain poème de Guillaume Apollinaire chantant le vin du Rhin me trotte par la tête.

Salut, l'Ami(e) ! A la prochaine !

Avec le sourire et la bise de Dame Jo
l'enverdurée d'la moto

Qui regrette beaucoup de ne pas aimer les fromages tant une savante conversation entre Patix et Desmophil, un soir, au Rouge Gazon, l'a passionnée. Qu'on aille dire que les tarmos ne parlent que de leurs brêles !